SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE
"La sécurité alimentaire commence
«Le plan Algues Vertes est un dispositif terriblement exigeant que les agriculteurs sont condamnés à réussir», estime Alain Martin, vice-président du Gouessant.
Quelle opinion générale portez-vous sur ce plan ?
Alain Martin : En tant que membre de la Commission Locale de l’Eau du Pays de Saint-Brieuc, où je représente les coopératives au Comité Algues Vertes, j’ai l’impression de sortir d’une guerre de tranchées qui a duré deux ans ! Pour l’agriculteur et le responsable professionnel que je suis, cette bataille débouche sur un compromis qui va occasionner d’énormes difficultés de mise en œuvre dans le délai qui nous est imparti.
Quel point jugez-vous positif ?
Le plan s’est appuyé sur des raisonnements agronomiques : couverts végétaux, mesures des reliquats azotés, ajustement de la fertilisation aux besoins des cultures… Qui donnent du sens à notre métier.
Et négatif ?
Les règlements administratifs, parfois contradictoires qui s’empilent comme un millefeuille depuis des années, vont être des obstacles majeurs à la réussite de ce plan. Certains dossiers d’instruction, pourtant bien ordinaires, deviennent ingérables. La rentrée s’annonce très difficile…
Quel message les agriculteurs concernés par cette démarche, jusqu’ici volontaire, doivent-ils retenir ?
Nous sommes condamnés à réussir ce plan, sous peine de rentrer dans une phase réglementaire dans les deux ans qui viennent. L’unité et la solidarité du monde agricole ne seront jamais aussi payantes. Il faut une adhésion massive à cette démarche qui va être terriblement contraignante.
Ce plan va-t-il résoudre, à votre avis, le problème des marées vertes ?
Si je m’en réfère aux analyses des scientifiques spécialistes des marées vertes, il faut une eau brute contenant moins de 10 milligrammes de nitrates par litre pour espérer une réduction significative de l’impact des marées vertes. Il serait paradoxal que l’agriculture paie le prix le plus fort pour ne jamais atteindre le résultat escompté.
Propos recueillis par Edith Llistosella