SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE
"La sécurité alimentaire commence
Le Plan Algues Vertes de la baie de Saint-Brieuc entre dans sa phase opérationnelle. Détail des principales mesures de ce dispositif pilote qui risque fort d’inspirer d’autres projets de territoires concernés par le phénomène des marées vertes.
La Commission Locale de l’Eau du 24 juin dernier a validé « le projet de territoire de la baie de Saint-Brieuc », entendez le Plan Algues Vertes. Il démarre en ce mois de septembre et s’échelonne jusqu’en 2027, avec une importante échéance d’étape fixée en 2015. Le plan prévoit d’agir sur toutes les causes de fuites d’azote, spécifiquement sur les parcelles proches des cours d’eau et, plus intensément, sur les terres drainantes et les zones humides. Au total, 11 500 hectares sont concernés dans le secteur de la baie.
À terme, l’objectif de baisse globale des rejets d’azote dans la baie est fixé à 2 300 tonnes, dont la moitié d’ici 2015. Pour ce faire, les pouvoirs publics tablent sur la réalisation, par 90 % des exploitants de la baie, d’un Plan prévisionnel de fumure (PPF) selon la méthode « Algues vertes ». Ce nouveau plan de fumure (basé sur la grille 2007) prend mieux en compte les reliquats azotés après culture.
20 % de la SAU* de la baie doivent s’engager dans des évolutions de pratiques et des modifications de couverts. 100 % des zones humides cultivées devront être converties en prairies.
La sole en cultures fourragères est appelée à progresser de 1 600 hectares d’ici 2015, tandis que la sole de céréales d’hiver devrait reculer de 500 hectares au profit des orges de printemps. Il est également vivement recommandé d’implanter du ray grass italien sous couvert de maïs, en cas de succession maïs/maïs.
Dans les espaces jugés stratégiques, toutes les zones humides cultivées devront être reconverties en prairies (3 000 hectares en 2015). Leur gestion sera extensifiée. Les surfaces actuellement en herbe au sein du territoire de la baie sont maintenues, avec suppression des parcelles parking et des retournements automnaux.
Les Systèmes fourragers économes en intrants (SFEI) sont encouragés : 115 exploitations d’ici 2015. Il en va de même des conversions à l’agriculture biologique : 30 conversions d’exploitation programmées, soit l’équivalent de 1 500 hectares en 2015.
Le plan prévoit d’accompagner les exploitants engagés dans cette dynamique. Un diagnostic-action, pris en charge par les pouvoirs publics et les organisations agricoles, va être proposé à tous les agriculteurs. Il permettra d’établir la production d’azote de l’exploitation et d’identifier précisément les besoins des cultures. À l’issue du diagnostic, l’exploitant est appelé à s’engager dans l’action, en signant « une charte individuelle d’évolution. » Cette dernière résume les solutions personnalisées devant être mises en œuvre pour gérer l’azote excédentaire (modification de l’assolement, échanges fonciers, résorption…).
Des aides seront allouées en vue de l’amélioration de la gestion des effluents, l’évolution des pratiques agricoles, les actions foncières et la valorisation des produits agricoles. Le montant total des fonds publics dévolus au financement du Plan s’élève à près de 36 millions d’euros. La reconquête des espaces stratégiques (reconversion des zones, humides, travaux hydrauliques…) et les mesures agrienvironnementales drainent à elles seules une bonne moitié du financement programmé (57 %). Parmi les autres postes importants : les aides à l’investissement (gestion de l’herbe, déshydratation des fourrages, résorption, compostage, méthanisation…) pour un montant de 5,99 millions d’euros ; la valorisation des produits agricoles pour 2,95 millions d’euros et l’accompagnement individuel (diagnostic des exploitations ; accompagnement à l’évolution des pratiques…) pour 2,67 millions d’euros.
Edith Llistosella
*S.A.U. : surface agricole utile