SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE
"La sécurité alimentaire commence
Pour continuer à avancer sur le chemin de l’agriculture durable, Le Gouessant a participé à la journée du Club Adalia*, le 31 mars dernier, à Paris. Des experts renommés y ont développé leur vision de cet enjeu de société.
Le pétillant journaliste Jérôme Bonaldi a animé un très sérieux colloque sur l’agriculture durable. Face à lui et à 130 participants venus de toutes les régions de France, des experts ont évoqué les trois dimensions de l’agriculture durable.
Sur le volet économique : «une agriculture durable est une agriculture qui satisfait la demande alimentaire dans le respect de l’environnement. Pour augmenter la production agricole et répondre à l’augmentation de la population mondiale, il faut diminuer les gaspillages, ne pas généraliser les modes de consommation des pays occidentaux et augmenter les rendements, car il est difficile d’augmenter les surfaces cultivées», estime Hervé Guyomard, directeur scientifique à l’Inra*.
Sur le volet environnemental, Bernard Chevassus-au-Louis, inspecteur général de l’Agriculture pense que : «l’agronomie de demain devra voir plus loin que la simple parcelle et prendre en compte le paysage dans sa totalité. La difficulté est que les solutions durables sont économiquement moins intéressantes à court terme que les autres solutions.»
Enfin, sur le volet social, Bertrand Hervieu, sociologue et ancien directeur de recherche CNRS*, dresse un constat sans appel : «aujourd’hui, il y a un éclatement des formes de production : l’agriculture de subsistance, l’agriculture de firme et l’agriculture familiale. Aucun de ces trois modèles n’a d’approche durable. Faire converger les ressources, les besoins alimentaires et les marchés est une question politique forte.»
Pour étayer ces réflexions prospectives, Jack Massé, consultant, s’est intéressé aux différents indicateurs permettant en Europe d’évaluer la durabilité de l’agriculture. «Il existe énormément d’indicateurs, mais la plupart sont de nature agro-environnementale. Peu d’entre eux portent sur les dimensions économiques et sociales. Un équilibre reste à trouver pour élaborer de nouveaux indicateurs qui rendent compte de la complexité du sujet.» Ces indicateurs devront être «simples et économiquement acceptables» ont souligné des participants en évoquant un critère pertinent : la quantité d’intrants ramenée à la tonne produite.
Comme l’ont résumé les intervenants réunis en table ronde (dont Marie-Jeanne Husset, directrice de la rédaction 60 millions de consommateurs) : «si l’on veut réduire les incompréhensions entre le grand public et les agriculteurs, il ne faut pas juste tout dire. Il faut expliquer, rendre les choses visibles, apporter de la cohérence et rendre le citoyen consomm’acteur. Cela passe aussi par l’éducation et l’accompagnement des politiques.»
Edith Llistosella
Le Club Adalia, créé en 1986, est une structure de réflexions et de débats sur les enjeux des filières agricoles en matière d’environnement, de qualité et de sécurité alimentaire. Cette association est composée de représentants de la prescription et de la distribution de produits agricoles, de services officiels de protection des cultures…Inra : Institut national de la recherche agronomique
CNRS : Centre national de la recherche scientifique
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