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SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE

"La sécurité alimentaire commence
avec celle de nos élevages"
Groupe Le Gouessant : Spécialiste de la nutrition animale

Jean-Luc Page montre l\'aménagement du ruisseau aux techniciens du Gouessant.

Jean-Luc Page montre l'aménagement du ruisseau aux techniciens du Gouessant.

Plantations d\'arbres sur le talus d\'une parcelle.

Plantations d'arbres sur le talus d'une parcelle.

Le volet environnement est le paramètre le plus important dans un élevage de porcs

 


Jean-Luc Page, éleveur de porcs à Plouvorn, dans le Finistère

 

Jean-Luc Page a participé à une réunion d’informations organisée par le service Environnement du Gouessant. Il témoigne de l’intérêt de ce service dans l’organisation de son travail ou lors de ses prises de décisions et en profite pour donner son point de vue d’éleveur vis-à-vis de l’environnement.
 

Dans quelle mesure vous sentez-vous concerné par l’environnement ?

J’y suis sensible par idéologie et par choix de vie, puisque j’ai mis en place des actions volontaires. Je le suis aussi un peu par obligation. J’ai eu un dossier de restructuration très lourd qui m’a fait aller dans ce sens. J’estime que les éleveurs doivent être acteurs dans leur exploitation. Il ne faut pas oublier que nous sommes responsables devant les tribunaux et les administrations et, à ce titre, nous avons notre mot à dire. Pour moi, le volet environnement est le paramètre le plus important dans un élevage de porcs. Économiquement, nous savons faire. Réglementairement, et en particulier sur le thème de l’environnement, nous sommes beaucoup moins performants, d’où la nécessité de se faire accompagner. C’est le rôle des structures de nous épauler et de s’impliquer car nous ne pourrons pas toujours nous adapter. J’ai l’esprit environnement, mais je suis révolté par la façon dont les éleveurs sont traités.

 

Quelles actions d’amélioration de l’environnement avez-vous mis en place volontairement ?

Il y avait sur une de mes parcelles un affluent de l’Horn abandonné depuis plus de 40 ans. Je l’ai aménagé et ombragé en y plantant des arbres sur 600 mètres. J’ai également installé un talus en bas d’une parcelle classée en risque fort de pollution phytosanitaire du fait d’une pente assez forte. Appuyé par un technicien Bassin-Versant, nous y avons planté des arbres et arbustes adaptés à la région (rhododendrons, chênes et châtaigniers) qui seront utilisés pour la coupe dans quelques années. J’ai fait un deuxième talus au niveau du site d’élevage pour intégrer les porcheries dans le paysage et les rendre moins visibles du bourg. Depuis sept ans, je mesure aussi volontairement mes reliquats azote. Tout ça prouve ma volonté d’agir pour améliorer l’environnement de la commune de Plouvorn, assez malmenée en termes de pollutions.

 

Auriez-vous réagi de la même manière s’il n’y avait pas la pression des mouvements écologistes ?

J’aurai eu cet esprit sans eux et sans doute plus encore et avec moins de ras-le-bol. J’ai l’impression que même lorsque nous agissons pour l’environnement, ça ne nous aide pas. J’essaie d’appliquer au maximum le principe du développement durable sur mon exploitation. Je prends le temps de mûrir mes décisions avec l’aide de mon épouse qui est comptable. L’écologiquement durable doit être également économiquement acceptable.

 

Vous semblez très virulent par rapport aux mouvements écologistes ? Pourquoi ?

Le 7 juin 2006, j’ai été contrôlé par l’Administration. Outre-passant ses droits, le contrôleur m’a traité de délinquant. C’est ce jour-là que je me suis engagé syndicalement. J’avais le choix entre acquiescer ou me révolter. Lors de ce contrôle, la présomption d’innocence n’existait pas. J’ai dû me battre pour lui expliquer pourquoi il faisait deux erreurs, ce qu’il a fini par accepter.

Le bassin-versant (BV) de l’Horn est un BV Algues vertes sur lequel les exploitants ne peuvent pas dépasser une pression de 210 unités d’azote total par hectare. Une partie du BV de l’Horn est également en contentieux par rapport à la qualité de l’eau brute. Cela induit pour mon exploitation un plafonnement sur cette zone à 140 unités d’azote par hectare. Le droit français permet aujourd’hui d’avoir deux réglementations sur une même zone ! Je suis dans un premier temps contrôlé sur les 140 et trois mois après sur les 210 et ceci par le même contrôleur !

 

Qu’avez-vous retenu de la formation proposée par le service Environnement ?

J’ai surtout constaté que j’avais en face de moi des gens très bien informés. J’ai retenu ce qu’a dit Agnès Guy : «il faut que vous vous preniez en main sur vos dossiers. Il faut que vous vous adaptiez face aux normes». Concernant la restructuration de mon élevage, le rapport de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) précisait que mon dossier n’aboutirait pas. À force de persévérance, il a quand même abouti.

 

Qu’attendez-vous du service Environnement ?

S’occuper de l’environnement prend beaucoup de temps. Une personne seule sur une exploitation de 160 truies, c’est dur humainement. Il faut gérer l’économique, le financier et en plus l’environnement. Avec l’environnement, il faut toujours être en veille alors que nous aurions besoin de retrouver de la sérénité. J’attends du service Environnement qu’il me fasse entrer dans les cases que l’Administration m’impose. Qu’il réalise les dossiers qui ne seraient pas validés si je les réalisais moi-même. Je trouve intéressant d’avoir connaissance des subtilités de la réglementation liée aux bassins versants contentieux et algues vertes. Le grand point positif du service Environnement, réside dans le fait que sa responsable soit une juriste. Ceci me semble avoir une valeur inestimable. Nous, nous sommes trop faibles quant à l’aspect juridique.

 

 Régine Kéruzoret

 

 

Fiche pratique

 

Exploitation reprise hors cadre familial en 2003.

160 truies - 820 places porcelets et 1 140 places d’engraissement.
 

2004 : rachat de terres à un prêteur de terre quittant son activité.

2006 : obligation du bien-être pour le 1er juin 2006. Premier contrôle le 7 juin 2006.

2007 : mise en place de la réglementation bassin-versant contentieux (BVC) sur une partie du BV de l’Horn.

 

Plafonnement de l’exploitation à 140 unités d’azote total par hectare sur les terres en BVC.

Recherche de terres hors bassin-versant contentieux.


 

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Mis à jour le 02/11/2011