LA FOLLE ENVOLEE DU PRIX DES MATIERES PREMIERES

 

 

L’Afab annonçait dans un communiqué de novembre qu’elle était «préoccupée par la forte augmentation du prix des matières premières», ajoutant que «ces hausses ne manqueront pas d’avoir des répercussions sur le prix des aliments, et, ce, dans un contexte particulièrement difficile pour ses clients éleveurs». Cette hausse pourrait être de trois ou quatre centimes de franc le kilo pour les aliments porcins.
Yves Mégret, acheteur de matières premières au Gouessant, explique les raisons de cette flambée des prix.

La folle envolée des céréales - graphique Le Gouessant
 

Dans les hausses de prix annoncées, il faut distinguer trois marchés : les céréales, les coproduits (dérivés de céréales) et déshydratés, les oléoprotéagineux (protéines : tourteaux, soja, huile).

des stocks mondiaux de cereales en forte baisse

Concernant les céréales, les clignotants se sont mis à l’orange début août, au moment de la canicule, mettant en doute les rendements futurs. Les intervenants ont alors réalisé que la récolte européenne ne serait pas au rendez-vous. La réaction ne s’est pas fait attendre sur les marchés. «Les acheteurs ont voulu marquer leurs positions par des achats de précaution, alors que l’offre était limitée. Les vendeurs ont fait de la rétention en augmentant le prix des matières et en ne vendant pas toutes les quantités demandées par les acheteurs», explique Yves Mégret.

Fin août, les premiers chiffres arrivent. Chute de 15 millions de tonnes de la production française de céréales, soit une baisse de 21,7 %, passant de 69 millions de tonnes à 54 millions par rapport à la campagne 2002-2003. La production européenne, quant à elle, régresse de 25 millions de tonnes, passant de 209,1 millions de tonnes à 184,4 millions, soit une baisse de 11,8 %. Le déficit au niveau de la CEE, si on veut maintenir le stock minimum permettant d’assurer la soudure entre deux campagnes, se situe autour de 7 millions de tonnes, toutes céréales confondues. Ce déficit est en partie résorbé par la remise sur le marché de 5 millions de tonnes du stock d’intervention, soit réellement 2 millions de tonnes manquantes.
Au niveau mondial, la production est stable. Par contre, l’équilibre est fragile car la baisse continue des stocks mondiaux est confirmée. Pour exemple, en blé les stocks 2001-2002 s’élevaient à 196 millions de tonnes. Ils sont de 131 millions en 2003-2004.
A fin août, l’estimation des chiffres de la collecte de maïs sont publiés, accentuant le phénomène d’inquiétude. En France, la production de maïs diminue d’au moins 30 % (11 millions de tonnes contre 16 millions en 2002) et de 24 % (30 millions de tonnes contre 40 millions) en Europe.«Avec tous ces éléments le marché monte naturellement.»

FORTE DEMANDE SUR LES COPRODUITS

Pour compenser les effets de la sécheresse et le déficit fourrager du Centre de la France, les achats se reportent sur les coproduits des céréales et déshydratés (son, luzerne, pulpes…, produits de la meunerie et de l’amidonnerie). La demande est très forte et comme cette année la qualité des céréales est excellente, il y a eu moins de coproduits que les autres années. Conséquence : les prix ont flambé en France et en Europe avec une hausse se situant entre 30 et 40 % pour ces familles de matières premières.

les cours du soja progressent de plus de 50%

Fin septembre début octobre, le prix du soja, qui évolue sur le marché à terme de Chicago, est des plus hauts depuis six ans. Les cours ont progressé de plus de 50 % depuis fin juillet. La hausse du prix des huiles est directement liée à celle du soja. Les États-Unis, premier producteur mondial, prévoient une récolte à son plus faible niveau depuis 10 ans (67,2 millions de tonnes contre 77,87). De plus, la demande de graines de soja et autres oléoprotéagineux est soutenue par un appétit croissant des Chinois, dont la croissance du PIB est de 8.5 %. Encouragés par le niveau élevé des cours, les planteurs sud-américains (Argentine, Brésil) ont augmenté leurs surfaces. «Nous nous attendons, au printemps prochain, à une récolte record en Amérique du Sud, qui devrait peser favorablement pour nous sur les cours».

LES COURS DU FRET MARITIME ATTEIGNENT DES SOMMETS

Pour clore ce sombre tableau, les besoins de l’Asie du sud-est, notamment la Chine, en produits de base (minerais, métaux, soja, blé), croissent sensiblement. Pour faire face à cette croissance, une grande partie de la flotte mondiale de gros bateaux est mobilisée et déportée des routes de l’Atlantique vers le Pacifique. Ainsi l’indicateur des prix mondiaux du transport vrac (l’index composite Baltic Dry) affiche une progression de 70 % depuis début septembre. Exemple, au départ de l’Union Européenne, via l’Arabie Saoudite, le coût du fret est passé de 15 à 30 dollars la tonne. De même pour l’Australie, via l’Égypte, dont les coûts ont évolué de 30 à 55 dollars la tonne. Par ailleurs, la hausse du gazole, la crise des chantiers navals, l’évolution de la législation, la hausse des primes d’assurance confortent cette hausse. Quand on sait que plus de 90 % du commerce mondial est transporté par mer, il est facile d’imaginer les répercussions sur les coûts.

RESTER OPTIMISTES

Yves Mégret se veut rassurant : «Le marché est chaud, mais nous gardons la tête froide. Le principe de notre métier est de rester lucide. Le marché est le même pour tout le monde. C’est un fait exceptionnel que les céréales, les coproduits et les protéines soient à la hausse en même temps. De plus, nous ne pouvons guère espérer importer des céréales des pays de l’Est cette année, car ils vont eux-mêmes devoir importer. Espérons que la récolte 2004 soit d'un meilleur cru et que les choses rentrent un peu dans l'ordre!"


R. Kéruzoret (23/12/03)


*Afab : Association des fabricants d’aliments du bétail de Bretagne.

 




Céréales, Yves Mégret, acheteur matières premières au Gouessant
Yves Mégret, acheteur
matières Premières au Gouessant





Le Gouessant : La folle envolée des céréales, luzerne
Luzerne




Le Gouessant : la folle envolée des céréales, soja
Tourteau de soja


Le Gouessant, la folle envolée des céréales, bateau
Port du Légué