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Dans les hausses de
prix annoncées, il faut distinguer trois marchés : les céréales, les
coproduits (dérivés de céréales) et déshydratés, les oléoprotéagineux
(protéines : tourteaux, soja, huile).
des stocks
mondiaux de cereales en forte baisse
Concernant les céréales, les clignotants se sont mis à l’orange début
août, au moment de la canicule, mettant en doute les rendements futurs.
Les intervenants ont alors réalisé que la récolte européenne ne serait
pas au rendez-vous. La réaction ne s’est pas fait attendre sur les
marchés. «Les acheteurs ont voulu marquer leurs positions par des
achats de précaution, alors que l’offre était limitée. Les vendeurs
ont fait de la rétention en augmentant le prix des matières et en ne
vendant pas toutes les quantités demandées par les acheteurs»,
explique Yves Mégret.
Fin août, les premiers chiffres arrivent. Chute de 15 millions de tonnes
de la production française de céréales, soit une baisse de 21,7 %,
passant de 69 millions de tonnes à 54 millions par rapport à la campagne
2002-2003. La production européenne, quant à elle, régresse de 25
millions de tonnes, passant de 209,1 millions de tonnes à 184,4 millions,
soit une baisse de 11,8 %. Le déficit au niveau de la CEE, si on veut
maintenir le stock minimum permettant d’assurer la soudure entre deux
campagnes, se situe autour de 7 millions de tonnes, toutes céréales
confondues. Ce déficit est en partie résorbé par la remise sur le marché
de 5 millions de tonnes du stock d’intervention, soit réellement 2 millions de
tonnes manquantes.
Au niveau mondial, la production est stable. Par contre, l’équilibre
est fragile car la baisse continue des stocks mondiaux est confirmée.
Pour exemple, en blé les stocks 2001-2002 s’élevaient à 196 millions
de tonnes. Ils sont de 131 millions en 2003-2004.
A fin août, l’estimation des chiffres de la collecte de maïs sont
publiés, accentuant le phénomène d’inquiétude. En France, la
production de maïs diminue d’au moins 30 % (11 millions de tonnes
contre 16 millions en 2002) et de 24 % (30 millions de tonnes contre 40
millions) en Europe.«Avec tous ces éléments le marché monte
naturellement.»
FORTE DEMANDE
SUR LES COPRODUITS
Pour compenser les effets de la sécheresse et le déficit fourrager du
Centre de la France, les achats se reportent sur les coproduits des céréales
et déshydratés (son, luzerne, pulpes…, produits de la meunerie et de
l’amidonnerie). La demande est très forte et comme cette année la
qualité des céréales est excellente, il y a eu moins de coproduits que
les autres années. Conséquence : les prix ont flambé en France et en
Europe avec une hausse se situant entre 30 et 40 % pour ces familles de
matières premières.
les cours du
soja progressent de plus de 50%
Fin septembre début octobre, le prix du soja, qui évolue sur le marché
à terme de Chicago, est des plus hauts depuis six ans. Les cours ont
progressé de plus de 50 % depuis fin juillet. La hausse du prix des
huiles est directement liée à celle du soja. Les États-Unis, premier
producteur mondial, prévoient une récolte à son plus faible niveau
depuis 10 ans (67,2 millions de tonnes contre 77,87). De plus, la demande
de graines de soja et autres oléoprotéagineux est soutenue par un appétit
croissant des Chinois, dont la croissance du PIB est de 8.5 %. Encouragés
par le niveau élevé des cours, les planteurs sud-américains (Argentine,
Brésil) ont augmenté leurs surfaces. «Nous nous attendons, au
printemps prochain, à une récolte record en Amérique du Sud, qui
devrait peser favorablement pour nous sur les cours».
LES COURS DU FRET MARITIME ATTEIGNENT DES SOMMETS
Pour clore ce sombre tableau, les besoins de l’Asie du sud-est,
notamment la Chine, en produits de base (minerais, métaux, soja, blé),
croissent sensiblement. Pour faire face à cette croissance, une grande
partie de la flotte mondiale de gros bateaux est mobilisée et déportée
des routes de l’Atlantique vers le Pacifique. Ainsi l’indicateur des
prix mondiaux du transport vrac (l’index composite Baltic Dry) affiche
une progression de 70 % depuis début septembre. Exemple, au départ de
l’Union Européenne, via l’Arabie Saoudite, le coût du fret est passé
de 15 à 30 dollars la tonne. De même pour l’Australie, via l’Égypte,
dont les coûts ont évolué de 30 à 55 dollars la tonne. Par ailleurs,
la hausse du gazole, la crise des chantiers navals, l’évolution de la législation,
la hausse des primes d’assurance confortent cette hausse. Quand on sait
que plus de 90 % du commerce mondial est transporté par mer, il est
facile d’imaginer les répercussions sur les coûts.
RESTER
OPTIMISTES
Yves Mégret se veut rassurant : «Le marché est chaud, mais nous
gardons la tête froide. Le principe de notre métier est de rester
lucide. Le marché est le même pour tout le monde. C’est un fait
exceptionnel que les céréales, les coproduits et les protéines soient
à la hausse en même temps. De plus, nous ne pouvons guère espérer
importer des céréales des pays de l’Est cette année, car ils vont
eux-mêmes devoir importer. Espérons que la récolte 2004 soit d'un
meilleur cru et que les choses rentrent un peu dans l'ordre!"
R. Kéruzoret (23/12/03)
*Afab :
Association des fabricants d’aliments du bétail de Bretagne.
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Yves Mégret, acheteur
matières Premières au Gouessant

Luzerne

Tourteau de soja

Port du Légué
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