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L'AVICULTURE
BIOLOGIQUE |
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Une production elle aussi menacée par la réglementation
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C’est
en 1996 que la Coopérative Le Gouessant s’est ouverte aux productions bio avec la
reprise de la société SPOFA, filiale du groupe provençal Mas d’Auge,
qui comptait alors une vingtaine de producteurs d’œufs biologiques. Cet
engagement a pu, à l’époque, surprendre plus d’un adhérent pour qui
le bio demeurait une production de « soixante-huitard ». Cette image
d’Épinal est bien loin des réalités d’aujourd’hui. Aux pionniers
purs et durs des années soixante, sont, progressivement, venus
s’ajouter des producteurs dotés d’une solide expérience agricole, maîtrisant parfaitement les techniques conventionnelles. Le choix de ces
« nouveaux bios » a été le plus souvent dicté par le besoin de
produire plus naturellement, tout en conciliant les impératifs économiques.
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L'AVICULTURE
BIO, UNE PRODUCTION TECHNIQUE |
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Comme le
reconnaît Anne
Jézéquel : « ce n’est pas simple au niveau technique ». En effet les
producteurs bio sont limités dans les intrants. Ainsi en matière de céréales,
il faut vraiment être bon car l’absence de produits phytos ne permet
pas l’erreur. En élevage, toujours
selon Anne Jézéquel : « il faut plus de prévention, il faut toujours
anticiper ». Une opinion que partage cet autre producteur de Plumieux,
François Jouet : « il faut de la rigueur et passer du temps dans le bâtiment
». Pour Béatrice Gautier,
de Bourbriac, l’appui technique du Gouessant est aussi important : « un
œil extérieur permet d’éviter les dérives, car un lot qui dérape au
démarrage est difficile à rattraper. Il n’existe pas une technique
uniforme. Il faut trouver des astuces. Le technicien observe des solutions
dans les autres élevages et nous les transmet. »
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SANITAIRE
: PRIORITE AUX METHODES NATURELLES |
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Le
recours aux médicaments de synthèse étant très limité, la prévention
sanitaire est essentielle en élevage biologique. C’est particulièrement
vrai au niveau des conditions d’élevage : respect des barrières
sanitaires, qualité de l’eau et de l’alimentation, ventilation,
surveillance des animaux… Le recours aux méthodes naturelles, telles
que la phytothérapie ou l’homéopathie, donne de bons résultats comme
le confirme le vétérinaire de la Coopérative Joël Bertin : « avec ces
méthodes naturelles, nombreux sont les lots de poules pondeuses réformées
qui sont abattues sans avoir eu aucun traitement chimique avec, pour
autant, des résultats techniques très honorables. » Ainsi, en 2003, on
comptabilise 262 œufs par poule départ pour les 66 % meilleurs éleveurs.
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VIVRE DU BIO C'EST POSSIBLE MAIS... |
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Tous le disent, c’est
un métier pas facile mais ils en vivent et, surtout, ils n’en
changeraient pas ! Les propos d’Yvonne et de Jean-Yves Tardivel, installés
depuis 1991 à Guitté (22), illustrent cet état d’esprit : « nous
nous sommes installés au départ avec deux poulaillers. Depuis, nous
exploitons 39 ha de terre en bio. Nos résultats techniques sont
bons, nos lots sont corrects. Nous ne voulons en aucune façon faire autre
chose que du bio. » Une opinion partagée
par Élizabeth Bouget, éleveur à Pédernec : « le revenu est stable
depuis plusieurs années ». Jean-Pierre Noiville, de Saint-Glen, confirme
: « nous produisons presque autant d’œufs bio qu’en plein air, et le
bio est plus rémunérateur. » Des propos positifs ne
devant cependant pas occulter que ces résultats sont souvent dus à la
minoration des investissements par le biais de l’auto-construction. En
effet, la plupart des aviculteurs bio ont construit eux-mêmes leurs bâtiments.
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POUR
DEMAIN, LES INQUIETUDES NE MANQUENT PAS |
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Depuis août 2000, les productions animales bio françaises sont soumises
à une réglementation européenne dont la version nationale s’intitule
REPAB F. La France ayant, comme souvent, renforcé la législation
communautaire, les coûts de production se sont détériorés. Conséquences
: une baisse importante de compétitivité et la perte de marchés
exports, notamment en volaille de chair. La conversion des terres ayant,
parallèlement, poursuivi sa progression, le marché des céréales bio
est devenu excédentaire en 2004. Et les prix ont chuté!
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LA MIXITE
REMISE EN CAUSE ?
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Toujours plus excessive
que ses partenaires européens, la France veut imposer, à partir de 2008,
la non-mixité, c’est-à-dire l’interdiction de pratiquer le
conventionnel et le bio sur la même exploitation. Pour Anne Jézéquel :
« même si cette décision est logique à terme, rien n’est prévu
comme aide pour y parvenir. Si rien n’est fait, l’avenir de la bio
peut être remis en question. Au travers des CTE, l’État s’est
investi en aidant les agriculteurs à se convertir, par contre il ne fait
rien pour la promotion des produits bio. Certains pays européens agissent
différemment et maintiennent leurs aides ».
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MOINS
DE POULES AU M²
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L’autre grand sujet
d’inquiétude est la réduction du nombre de poules au m². A partir de
2008, la réglementation devrait imposer 6 poules contre 9, aujourd’hui,
au m². Une baisse d’effectif qui aura des répercussions immédiates sur
le revenu des producteurs. Le Gouessant s’est préoccupé
de cette situation, comme le souligne Anne Jézéquel : « la Coopérative
a décidé d’encourager, en majorant le prix de reprise de 33 %, les
aviculteurs construisant des bâtiments pour 6 poules au m². Actuellement,
nous ne sommes que 5 éleveurs à profiter de cette mesure mais, dans
quatre ans, nous pourrions être une cinquantaine ! Est-ce envisageable
financièrement pour la Coopérative ? ». Anne Jézéquel reconnaît, comme d’autres, que les éleveurs étaient satisfaits de la
création d’un cahier des charges européen, mais précise-t-elle : «
son interprétation a tout faussé ! Notre souci, aujourd’hui, est une
application homogène de cette réglementation. Même les purs et durs de
la bio reconnaissent qu’il y a un malaise ».
Alors de quoi demain sera-t-il fait ? Les éleveurs
rencontrés sont inquiets, mais tous veulent croire à un assouplissement
du cahier des charges. Et aucun d’envisager faire un autre métier !
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Anne Jézéquel,
une présidente impliquée
Anne Jézéquel est
installée depuis 1983, avec son mari, Jean-Yves, sur la commune de Danoëdel,
près de Saint-Nicolas du Pélem (22). L’exploitation compte 55 ha dont
30 en céréales pour le lien au sol, 1 000 m² de poulettes bio, 6 000
poules pondeuses bio et 360 porcs charcutiers label rouge. Anne est membre
du Conseil d’Administration de la Coopérative et présidente, depuis
1997, de la commission Pondeuses bio, plein air et label. Pour Anne, cette
commission est « un espace de liberté d’expression » qu’elle dit
n’avoir jamais connu ailleurs. Et d’ajouter : « c’est un lieu où
chacun peut s’exprimer. C’est important de se sentir bien là où
l’on travaille ! » Lieu d’expression, la
commission donne également lieu à la réflexion. L’une des meilleures
illustrations de ce travail en commun est, pour Anne Jézéquel, la mise
en place d’une caisse communautaire sanitaire. L’action de
Anne ne se limite pas à l’animation de cette commission. Son mandat,
qu’elle exerce bénévolement, l’a conduite à participer aux réunions
professionnelles bio : G.A.B (Groupement d’Agriculteurs Biologiques),
I.B.B. (Inter Bio Bretagne). Son rôle l’amène ponctuellement à
participer à des discussions au Ministère ou auprès d’organismes
professionnels. Elle estime sa participation nécessaire et utile en se
faisant la porte-parole des producteurs, comme sur l’épineux problème
de la densité des 6 poules au m². Anne Jézéquel reconnaît que « la présence
d’un éleveur rend les discussions plus crédibles. La F.N.A.B (Fédération
Nationale de l’Agriculture Bio), par exemple, ne peut pas décréter être
l’unique représentant des éleveurs ».Une chose est sûre, les
producteurs bio de la Coopérative Le Gouessant ont une représentante qui
ne manque ni d’énergie ni de convictions qu’elle met, aujourd’hui,
au service de deux objectifs : la possibilité de mixité et 9 poules
pondeuses au m².
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Anne
Jézéquel |
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LE GOUESSANT : numéro
un français des aliments
biologiques
Spécialiste de la
nutrition animale, LE GOUESSANT, avec une production annuelle de plus
d’un million de tonnes, dispose au travers de sa filiale Ufab d’une
unité de fabrication intégralement dédiée à la fabrication des
aliments biologiques. L’Ufab bénéficie en effet depuis 2001 d’une
nouvelle usine à Noyal-sur-Vilaine, d’une capacité de 50 000 tonnes.
Le process de
l’usine, entièrement automatisé, permet d’éviter toute
contamination croisée entre les aliments et plus généralement toute
erreur humaine.
Avec une progression de
plus de 18 000 tonnes en 5 ans, cette filiale est aujourd’hui le leader
français de l’alimentation animale biologique avec une production
annuelle de 30000 tonnes. Au total, l’Ufab
nourrit : 6 000 porcs, 20 000 bovins, 380 000
poulets, 500 000 pondeuses.
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L'usine de l'UFAB à Noyal-sur-Vilaine
(35) |
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L’UFAB développe une
filière nationale
À la fin des années
quatre-vingt-dix, compte tenu du déficit français en matières premières
bio, l’UFAB s’est fortement investie dans la mise en place d’un
circuit de collecte lui garantissant la qualité des produits. À
l’import, l’Ufab s’est rapprochée des producteurs étrangers en éliminant
les intermédiaires comme pour la luzerne en Italie. En France, l’Ufab a
accompagné le développement des cultures biologiques. Dans l’Ouest, la
collecte Ufab est passée de 600 tonnes en 1998-1999 à plus de 6 000
tonnes en 2003. Pour diminuer les
importations, les techniciens de l’Ufab ont développé en 2004 des
cultures de luzerne dans le bassin parisien et de soja dans le sud-ouest. Pour la prochaine
collecte, les prévisions sont de 8 000 tonnes. Malgré le fort développement
des volumes collectés, plus de la moitié des besoins de l’Ufab en céréales
et protéagineux demeure cependant insatisfaite. Le complément des
apports est réalisé, principalement, auprès d’organismes collecteurs
du grand Ouest. Ainsi, depuis deux ans,
la quasi totalité des céréales et protéagineux consommés par l’Ufab
est d’origine française.
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La
culture biologique
Avant de produire des
cultures biologiques, il faut observer une période de conversion de 2 ans
sur les terres. Durant cette période, le producteur doit mettre en œuvre
les principes de l’agriculture biologique sur son exploitation. Ces principes sont :
1. Maintenir ou
augmenter l’activité biologique des sols et leur fertilité.
L’agriculteur bio cultive pour cela des légumineuses, des engrais verts
et s’efforce surtout d’avoir une rotation pluriannuelle. Il peut également
utiliser des matières organiques et des amendements minéraux pour
enrichir ses terres.
2. Lutter contre les
maladies, parasites et mauvaises herbes en utilisant des méthodes
respectant l’environnement. Le producteur va donc choisir des espèces
et variétés adaptées pour ses cultures (résistances aux maladies,
cultures peu salissantes…), recourir au désherbage thermique ou mécanique
(herse étrille, bineuse, houe rotative), chercher à protéger au maximum
les ennemis naturels des parasites des cultures, mettre en place des
rotations…
(décembre 2005)
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