L'AVICULTURE BIOLOGIQUE

 


Une production elle aussi menacée par la réglementation

 


C’est en 1996 que la Coopérative Le Gouessant s’est ouverte aux productions bio avec la reprise de la société SPOFA, filiale du groupe provençal Mas d’Auge, qui comptait alors une vingtaine de producteurs d’œufs biologiques. Cet engagement a pu, à l’époque, surprendre plus d’un adhérent pour qui le bio demeurait une production de « soixante-huitard ». Cette image d’Épinal est bien loin des réalités d’aujourd’hui. Aux pionniers purs et durs des années soixante, sont, progressivement, venus s’ajouter des producteurs dotés d’une solide expérience agricole, maîtrisant parfaitement les techniques conventionnelles. Le choix de ces « nouveaux bios » a été le plus souvent dicté par le besoin de produire plus naturellement, tout en conciliant les impératifs économiques.

Toujours plus excessive que ses partenaires européens, la France veut imposer, à partir de 2008, la non-mixité.

 

L'AVICULTURE BIO, UNE PRODUCTION TECHNIQUE

 


Comme le reconnaît Anne Jézéquel : « ce n’est pas simple au niveau technique ». En effet les producteurs bio sont limités dans les intrants. Ainsi en matière de céréales, il faut vraiment être bon car l’absence de produits phytos ne permet pas l’erreur. En élevage, toujours selon Anne Jézéquel : « il faut plus de prévention, il faut toujours anticiper ». Une opinion que partage cet autre producteur de Plumieux, François Jouet : « il faut de la rigueur et passer du temps dans le bâtiment ». Pour Béatrice Gautier, de Bourbriac, l’appui technique du Gouessant est aussi important : « un œil extérieur permet d’éviter les dérives, car un lot qui dérape au démarrage est difficile à rattraper. Il n’existe pas une technique uniforme. Il faut trouver des astuces. Le technicien observe des solutions dans les autres élevages et nous les transmet. »

 

SANITAIRE : PRIORITE AUX METHODES NATURELLES

 


Le recours aux médicaments de synthèse étant très limité, la prévention sanitaire est essentielle en élevage biologique. C’est particulièrement vrai au niveau des conditions d’élevage : respect des barrières sanitaires, qualité de l’eau et de l’alimentation, ventilation, surveillance des animaux… Le recours aux méthodes naturelles, telles que la phytothérapie ou l’homéopathie, donne de bons résultats comme le confirme le vétérinaire de la Coopérative Joël Bertin : « avec ces méthodes naturelles, nombreux sont les lots de poules pondeuses réformées qui sont abattues sans avoir eu aucun traitement chimique avec, pour autant, des résultats techniques très honorables. » Ainsi, en 2003, on comptabilise 262 œufs par poule départ pour les 66 % meilleurs éleveurs.

 
En 2003, Le Gouessant comptabilise 262 œufs par poule départ pour les 66 % meilleurs éleveurs bio.
 
 

VIVRE DU BIO C'EST POSSIBLE MAIS...

 

Tous le disent, c’est un métier pas facile mais ils en vivent et, surtout, ils n’en changeraient pas ! Les propos d’Yvonne et de Jean-Yves Tardivel, installés depuis 1991 à Guitté (22), illustrent cet état d’esprit : « nous nous sommes installés au départ avec deux poulaillers. Depuis, nous exploitons 39 ha de terre en bio. Nos résultats techniques sont bons, nos lots sont corrects. Nous ne voulons en aucune façon faire autre chose que du bio. » Une opinion partagée par Élizabeth Bouget, éleveur à Pédernec : « le revenu est stable depuis plusieurs années ». Jean-Pierre Noiville, de Saint-Glen, confirme : « nous produisons presque autant d’œufs bio qu’en plein air, et le bio est plus rémunérateur. » Des propos positifs ne devant cependant pas occulter que ces résultats sont souvent dus à la minoration des investissements par le biais de l’auto-construction. En effet, la plupart des aviculteurs bio ont construit eux-mêmes leurs bâtiments.


 

 POUR DEMAIN, LES INQUIETUDES NE MANQUENT PAS

 

Depuis août 2000, les productions animales bio françaises sont soumises à une réglementation européenne dont la version nationale s’intitule REPAB F. La France ayant, comme souvent, renforcé la législation communautaire, les coûts de production se sont détériorés. Conséquences : une baisse importante de compétitivité et la perte de marchés exports, notamment en volaille de chair. La conversion des terres ayant, parallèlement, poursuivi sa progression, le marché des céréales bio est devenu excédentaire en 2004. Et les prix ont chuté!

Le marché des céréales bio est devenu excédentaire en 2004.
 

LA MIXITE REMISE EN CAUSE ?

 

Toujours plus excessive que ses partenaires européens, la France veut imposer, à partir de 2008, la non-mixité, c’est-à-dire l’interdiction de pratiquer le conventionnel et le bio sur la même exploitation. Pour Anne Jézéquel : « même si cette décision est logique à terme, rien n’est prévu comme aide pour y parvenir. Si rien n’est fait, l’avenir de la bio peut être remis en question. Au travers des CTE, l’État s’est investi en aidant les agriculteurs à se convertir, par contre il ne fait rien pour la promotion des produits bio. Certains pays européens agissent différemment et maintiennent leurs aides ».

 

 MOINS DE POULES AU M²

 

L’autre grand sujet d’inquiétude est la réduction du nombre de poules au m². A partir de 2008, la réglementation devrait imposer 6 poules contre 9, aujourd’hui, au m². Une baisse d’effectif qui aura des répercussions immédiates sur le revenu des producteurs. Le Gouessant s’est préoccupé de cette situation, comme le souligne Anne Jézéquel : « la Coopérative a décidé d’encourager, en majorant le prix de reprise de 33 %, les aviculteurs construisant des bâtiments pour 6 poules au m². Actuellement, nous ne sommes que 5 éleveurs à profiter de cette mesure mais, dans quatre ans, nous pourrions être une cinquantaine ! Est-ce envisageable financièrement pour la Coopérative ? ». Anne Jézéquel reconnaît, comme d’autres, que les éleveurs étaient satisfaits de la création d’un cahier des charges européen, mais précise-t-elle : « son interprétation a tout faussé ! Notre souci, aujourd’hui, est une application homogène de cette réglementation. Même les purs et durs de la bio reconnaissent qu’il y a un malaise ». 
Alors de quoi demain sera-t-il fait ? Les éleveurs rencontrés sont inquiets, mais tous veulent croire à un assouplissement du cahier des charges. Et aucun d’envisager faire un autre métier !

L'interprétation du cahier des charges européen a tout faussé !
 


Anne Jézéquel, une présidente impliquée

Anne Jézéquel est installée depuis 1983, avec son mari, Jean-Yves, sur la commune de Danoëdel, près de Saint-Nicolas du Pélem (22). L’exploitation compte 55 ha dont 30 en céréales pour le lien au sol, 1 000 m² de poulettes bio, 6 000 poules pondeuses bio et 360 porcs charcutiers label rouge. Anne est membre du Conseil d’Administration de la Coopérative et présidente, depuis 1997, de la commission Pondeuses bio, plein air et label. Pour Anne, cette commission est « un espace de liberté d’expression » qu’elle dit n’avoir jamais connu ailleurs. Et d’ajouter : « c’est un lieu où chacun peut s’exprimer. C’est important de se sentir bien là où l’on travaille ! » Lieu d’expression, la commission donne également lieu à la réflexion. L’une des meilleures illustrations de ce travail en commun est, pour Anne Jézéquel, la mise en place d’une caisse communautaire sanitaire. L’action de Anne ne se limite pas à l’animation de cette commission. Son mandat, qu’elle exerce bénévolement, l’a conduite à participer aux réunions professionnelles bio : G.A.B (Groupement d’Agriculteurs Biologiques), I.B.B. (Inter Bio Bretagne). Son rôle l’amène ponctuellement à participer à des discussions au Ministère ou auprès d’organismes professionnels. Elle estime sa participation nécessaire et utile en se faisant la porte-parole des producteurs, comme sur l’épineux problème de la densité des 6 poules au m². Anne Jézéquel reconnaît que « la présence d’un éleveur rend les discussions plus crédibles. La F.N.A.B (Fédération Nationale de l’Agriculture Bio), par exemple, ne peut pas décréter être l’unique représentant des éleveurs ».Une chose est sûre, les producteurs bio de la Coopérative Le Gouessant ont une représentante qui ne manque ni d’énergie ni de convictions qu’elle met, aujourd’hui, au service de deux objectifs : la possibilité de mixité et 9 poules pondeuses au m².



Anne Jézéquel, présidente de la commission poules pondeuses bio du Gouessant

Anne Jézéquel

 


LE GOUESSANT : numéro un français des aliments biologiques


Spécialiste de la nutrition animale, LE GOUESSANT, avec une production annuelle de plus d’un million de tonnes, dispose au travers de sa filiale Ufab d’une unité de fabrication intégralement dédiée à la fabrication des aliments biologiques. L’Ufab bénéficie en effet depuis 2001 d’une nouvelle usine à Noyal-sur-Vilaine, d’une capacité de 50 000 tonnes. 
Le process de l’usine, entièrement automatisé, permet d’éviter toute contamination croisée entre les aliments et plus généralement toute erreur humaine. 
Avec une progression de plus de 18 000 tonnes en 5 ans, cette filiale est aujourd’hui le leader français de l’alimentation animale biologique avec une production annuelle de 30000 tonnes. Au total, l’Ufab nourrit : 6 000 porcs, 20 000 bovins, 380 000 poulets, 500 000 pondeuses.




L'usine de l'Ufab produit 30000 tonnes d'aliments biologiques par an.

L'usine de l'UFAB à Noyal-sur-Vilaine (35)

 


L’UFAB développe une filière nationale

À la fin des années quatre-vingt-dix, compte tenu du déficit français en matières premières bio, l’UFAB s’est fortement investie dans la mise en place d’un circuit de collecte lui garantissant la qualité des produits. À l’import, l’Ufab s’est rapprochée des producteurs étrangers en éliminant les intermédiaires comme pour la luzerne en Italie. En France, l’Ufab a accompagné le développement des cultures biologiques. Dans l’Ouest, la collecte Ufab est passée de 600 tonnes en 1998-1999 à plus de 6 000 tonnes en 2003. Pour diminuer les importations, les techniciens de l’Ufab ont développé en 2004 des cultures de luzerne dans le bassin parisien et de soja dans le sud-ouest. Pour la prochaine collecte, les prévisions sont de 8 000 tonnes. Malgré le fort développement des volumes collectés, plus de la moitié des besoins de l’Ufab en céréales et protéagineux demeure cependant insatisfaite. Le complément des apports est réalisé, principalement, auprès d’organismes collecteurs du grand Ouest. Ainsi, depuis deux ans, la quasi totalité des céréales et protéagineux consommés par l’Ufab est d’origine française.



UFAB : filiale de la coopérative Le Gouessant
 


La culture biologique

Avant de produire des cultures biologiques, il faut observer une période de conversion de 2 ans sur les terres. Durant cette période, le producteur doit mettre en œuvre les principes de l’agriculture biologique sur son exploitation. Ces principes sont :

1. Maintenir ou augmenter l’activité biologique des sols et leur fertilité. L’agriculteur bio cultive pour cela des légumineuses, des engrais verts et s’efforce surtout d’avoir une rotation pluriannuelle. Il peut également utiliser des matières organiques et des amendements minéraux pour enrichir ses terres.

2. Lutter contre les maladies, parasites et mauvaises herbes en utilisant des méthodes respectant l’environnement. Le producteur va donc choisir des espèces et variétés adaptées pour ses cultures (résistances aux maladies, cultures peu salissantes…), recourir au désherbage thermique ou mécanique (herse étrille, bineuse, houe rotative), chercher à protéger au maximum les ennemis naturels des parasites des cultures, mettre en place des rotations… 

(décembre 2005)



Dans l’Ouest, la collecte Ufab s'élève à plus de 6 000 tonnes de céréales en 2003.