Le service Pondeuse à la conquête de l’Espagne
Au printemps dernier, l’équipe pondeuse standard, accompagnée de quelques producteurs, était invitée par le fournisseur de cage Zucami, basé à Pampelune en Espagne. Cette entreprise familiale, créée en 1982, emploie 110 salariés et commercialise ses cages à travers le monde.
« Accueillis par les gérants, Antonio et Pédro, nous avons commencé par la visite de l’usine, raconte Joël Rouault, responsable de l’activité pondeuses standard. La fabrication des modules plastiques, très bien maîtrisée, est très automatisée : seulement trois personnes assistent les machines. Les pays sur lesquels se développent les marchés sont, entre autres, la Russie, l’Amérique Latine, l’Asie et la Chine. Pour ce dernier, Zucami avance avec prudence. Actuellement acheteur, beaucoup de précautions sont prises pour éviter qu’il ne devienne copieur, puis revendeur du même modèle sous une autre couleur. Il semblerait que cela se soit déjà produit pour un fournisseur de cages européen. »
« Une autorisation qui paraît facile à obtenir, un délai d’instruction très réduit,
des mesures environnementales non coûteuses. »
Le deuxième volet de l’invitation était consacré à la visite d’un futur gros site de production. Un projet mené par une société hollandaise «Inter Ovo», spécialisée dans l’ovoproduit, située à Huesca, dans une zone plutôt désertique. «Inter Ovo « compte construire dix bâtiments de 150 000 pondeuses chacun, tous en ligne sur le même site, avec, au choix, conditionnement en oeuf coquille ou casserie pour fabrication d’ovoproduits. La production issue de cette ferme est destinée au marché allemand.
La première phase du projet est en cours de finition, avec la création d’une section de trois bâtiments, dont le premier est en production avec ses 150 000 poules blanches.
« A notre arrivée devant ces cathédrales de bâtiments, nos voitures paraissent des miniatures, remarque Joël Rouault. A l’intérieur de chaque bâtiment, un équipement de 8 blocs de 10 étages de batteries (2 x 5), avec passerelle intermédiaire, accueille les poules.
L’alimentation se fait par des chariots. Le plus impressionnant est la ventilation par un système de trappes double flux. » Le poulailler est en ventilation statique jusqu’à 23°C, puis passe en phase dynamique au-delà, par une ventilation pignon. L’un des pignons est équipé par un «mur» de 50 turbines. Un système de brumisation par packcooling assiste la ventilation par forte chaleur.
Les fientes ne sont pas séchées. Une semi-remorque vient les prendre tous les deux jours. Il n’y a pas de hangar de stockage. Où va la fiente ? « Elle est épandue au fur et à mesure sur des parcelles de terre », selon le responsable du site. « Nous comprenons très vite la décision de la société hollandaise de s’implanter en Espagne, souligne Joël Rouault. Une autorisation qui paraît facile à obtenir, un délai d’instruction très réduit, des mesures environnementales non coûteuses (pas d’obligation de sécher la fiente), des mesures sanitaires moins strictes qu’en France, permettent la construction de grosses structures (10 x 150 000 poules). »
« Un risque sanitaire, facteur de sous-production »
Les techniciens de l’équipe Pondeuse font fonctionner leurs calculatrices et en déduisent que le coût de la place de pondeuse dans cette ferme est évalué à 30 % moins cher par rapport à un projet moyen français. « Malgré cette compétitivité inquiétante par rapport à nos installations, le risque sanitaire dû à la multi-bande (donc multi-âge) peut être un facteur de sous-production important. Cela occasionnera une baisse du résultat technique, d’où une augmentation non négligeable du prix de revient d’un oeoeuf produit. » En résumé, ces fermes de production ont indéniablement des points forts : coût de l’investissement moindre à la poule, transports des oeufs réduits car transformation sur place…, mais génèrent aussi des points faibles : irrégularité des performances techniques, risques sanitaires, gestion par des salariés … « En France, ce type de projet, très alléchant pour un fabricant d’aliment (60 000 tonnes d’aliments consommés par an) ne correspond pas au haut niveau de contraintes administratives et sanitaires. Au moindre dérapage, ce genre de ferme pourrait se transformer en galère », conclut Joël Rouault.
J-J.B.