SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE
"La sécurité alimentaire commence
Yann Jaffré est salarié du groupement des agriculteurs bio d’Ille-et-Vilaine. Pour lui, les producteurs n’ont rien à craindre en choisissant la conversion. Les objectifs de l’Etat et les réseaux d’aides sont suffisamment présents pour qu’un producteur qui veut se convertir réussisse son projet.
Le Gouessant : Vers qui un producteur peut-il se tourner pour se lancer dans la production biologique en Bretagne ?
Yann Jaffré : Les producteurs qui choisissent de passer en bio s’adressent généralement à leurs partenaires habituels, fournisseurs ou collecteurs, pour connaître ce qu’ils proposent en bio. Parfois, ce sont les industriels, comme l’Ufab ou les laiteries (Ille-et-Vilaine), qui présélectionnent les exploitations qui ont un potentiel en bio et les contactent.
Le groupement Agrobio 35 intervient lorsqu’un agriculteur commence à se dire qu’il veut passer en bio et souhaite des informations comme des données technico-économiques, le nom d’autres producteurs bio, le lieu où trouver un outil de désherbage… Nous lui proposons une visite d’information, gratuite et sans engagement, parfois en présence du technicien de la laiterie ou de la coopérative. Nous lui adressons un compte-rendu avec les étapes à suivre. Par exemple, pour un laitier, nous lui donnons des conseils en culture, nous lui proposons d’essayer un outil de désherbage du maïs, ou de le mettre en contact avec une personne qui l’aidera à régler la machine, machine que nous mettons parfois à disposition. S’il ne travaille pas avec un partenaire qui a une section bio dans le secteur, nous lui transmettons une liste d’opérateurs existants.
Quelles sont les chances de réussite d’une conversion en bio ?
Aujourd’hui, le marché est très demandeur en bio. L’État a fixé comme objectif 6 % de producteurs bio en 2012. Il va donc soutenir la filière. Les gens qui vont s’y investir ont donc une garantie de réussite. Les pays où la bio s’est développée sont ceux où les États ont fixé des objectifs et aider à leurs mises en œuvre. L’Autriche a fixé 20 % pour 2010 et ils sont à 13 % aujourd’hui. Quand un État met les moyens, le changement est possible.
Quels sont les freins à la conversion ?
Il semblerait que ce soient essentiellement la méconnaissance et la peur de la bio. En effet, les producteurs bio ne sont pas inquiets. Ceux que nous connaissons sont, généralement, satisfaits économiquement et épanouis dans leur travail. D’ailleurs, à les voir, nous nous demandons pourquoi il n’y en a pas plus. la bio n’est pas suffisamment (re) connu pour être rassurant. C’est encore un autre monde et sans qu’il y ait d’opposition majeure par rapport au conventionnel, la bio c’est souvent l’affaire des autres. Les gens ne vont pas voir et restent sur l’idée que ça ne rapporte pas, que c’est plus de travail, plus de papiers… Ils ne se sentent pas concernés jusqu’au jour où ils vont voir.
Il semble que la bio soit plus difficile à mener ?
Il y a certainement plus de techniques, où plutôt d’autres techniques. Aujourd’hui, les producteurs bio sont mieux accompagnés par une multitude d’opérateurs. Et souvent, il suffit d’avoir vu une fois pour savoir.
Comment se traduit le développement de la production en Ille-et-Vilaine ?
En 2007, quinze producteurs se sont installés et neuf sont passés en conversion, ce qui fait 234 producteurs bio sur ce département. Nous avons connu de nombreuses années où les conversions (7 par an) couvraient à peine les arrêts. En Bretagne, il y a eu 64 conversions en 2007, 69 en 2006. Nous en attendons entre 60 et 70 pour 2008.
Il faudrait combien d’installations par an pour atteindre les 6 % ?
Beaucoup plus que vingt-quatre.
Quelles sont les incitations ou les aides à la conversion ?
Les producteurs bio bénéficient d’un réseau d’aide assez important, tant par l’appui technique des groupements bio, que par celui des techniciens des Chambres d’Agriculture et des différents opérateurs. La bonne nouvelle de la rentrée 2008 concernait les formations agricoles dans lesquelles, jusqu’au BTS, figure une session sur la bio. Il existe, depuis cette année, une licence professionnelle «Agriculture Biologique : conseil et développement». Il existe également des aides financières. Il est vrai qu’il y a un surcoût au moment du changement, sur le matériel principalement. Et c’est rassurant, pour un producteur, de savoir qu’il est couvert pendant cette phase de changement. Pour certains laitiers, ce n’est pas tant l’aspect financier qui les motive ou les rassure que le fait de savoir que la laiterie les paye plus pour la conversion.
Le coût de la certification est-il un frein ?
La bio entraîne des techniques et des obligations. Le fait de se faire contrôler par un organisme indépendant est constitutif de la bio. C’est dire «Non seulement, je le fais bien, mais je le fais contrôler par quelqu’un d’autre». Peut-être qu’un contrôle peut paraître parfois cher, mais ça ne me semble pas être un vrai problème.
Et les contraintes administratives ?
Il y a moins de papiers, notamment les plans de fumure, à remplir en bio qu’en conventionnel. Il faut connaitre la réglementation qui est à peu près la même que pour le conventionnel, avec les phytos en moins et les contrôles de la certification en plus.
Ce qui est usant, ce sont les changements réglementaires permanents. Les producteurs bio ont besoin de stabilité. La réglementation européenne applicable au 1er janvier 2009 est une réponse au problème. Mais, aujourd’hui, en agriculture, quel que soit le système, personne n’est libre dans ses pratiques.
Pour en savoir plus : http://www.bio35.agrobio-bretagne.org