SPECIALISTE DE LA NUTRITION ANIMALE
"La sécurité alimentaire commence
Installé en Gaec en 1982, Gérard Colas réalisait, dès 1981, des traitements phytosanitaires sur l’exploitation familiale. Au niveau de l’élevage, l’atelier naisseur-engraisseur existait déjà avec, à l’époque, deux activités complémentaires : volailles et taurillons. Au niveau des cultures, même SAU* qu’à l’époque : 70 hectares en céréales, oléoprotéagineux, maïs et bandes enherbées. Gérard Colas témoigne sur sa manière de manipuler les produits phytosanitaires, dont les risques ne sont pas toujours bien évalués.
La Rédaction : Vous utilisez des produits phytosanitaires depuis près de trente ans. Comment a évolué votre réflexion quant à votre protection ?
Gérard Colas : J’ai été très tôt sensibilisé aux effets des produits. Au printemps 1981, j’avais ressenti des irritations au niveau des articulations. De même l’année suivante. C’est seulement la troisième année que nous avons fait la relation entre ces symptômes et l’utilisation du Lasso (Alachlore)* en herbicide de pré-levée du maïs. De ce fait, en 1984, nous avons arrêté ce produit. Depuis ce moment, je réserve une combinaison au traitement et j’utilise des gants dans la phase de remplissage.
Ensuite, en 1992, nous avions introduit dans l’assolement la production de plants de pomme de terre. Par manque de formation et d’information sur les DRE (délais de réentrée dans les parcelles), j’épurais peu de temps après les applications des produits phytosanitaires. Il m’est alors apparu des plaques et des points rouges. Après analyse par le dermatologue, verdict sans aucun doute possible : «ce sont les produits phytos»
Je me suis intéressé à la protection lors de l’utilisation de produits phytosanitaires, et, ce, à toutes les phases. Nous avons investi dans un pulvérisateur, équipé d’un bac d’incorporation, d’une cuve de rinçage, de buses à réduction de dérive… Le pulvérisateur est équipé du repliage automatique (commande à distance sans accès direct). En repliage manuel, les risques de contacts avec le produit au niveau de la rampe, comme au niveau de la végétation, sont importants. Nous avons également réalisé un local phytosanitaires et une aire de remplissage fonctionnelle. Il est clair que la phase de remplissage et de dosage de produit est la période la plus critique, avec risque de projection. Pour ce faire, j’utilise toujours les gants et les lunettes.
Pensez-vous que, globalement, les comportements évoluent ?
Petit à petit, les choses évoluent, y compris pour les semis de semences protégées insecticides : les chauffeurs de l’entreprise de travaux agricoles qui réalisent mes semis sont équipés de gants et de masques anti-poussière (P3). Il faut avoir tous ces équipements dans une armoire ou un vestiaire à proximité du local phytos.
Votre fils est à l’école d’agriculture de la Ville Davy à Quessoy. Les élèves de sa classe ont visité votre exploitation en janvier. Pensez-vous que les jeunes générations sauront mieux s’équiper ?
Mon fils m’aide dans les travaux de la terre. Pour le moment, il n’intervient pas au niveau de la pulvérisation. La perception du risque par les jeunes est toujours difficile, et pourtant, le risque est pervers car il peut se déclarer plusieurs années plus tard et avec un phénomène d’accumulation.
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