Augmenter la marge sur l’atelier d’engraissement
La ration sèche en jeunes bovins
En 2006, Stéphane et Sébastien Destais du Gaec Pierre du Fau à Ahuillé en Mayenne, disposant d’un bâtiment vide sur leur exploitation, décidaient d’engraisser des jeunes bovins. Dans un souci de disponibilité de main-d’œuvre et d’équipement, le choix de la ration sèche s’est imposé dans le but de produire des jeunes bovins de moins de 13 mois. Cette production s’est développée suite à la crise ESB.
À cette occasion, seuls les animaux de moins d’un an pouvaient être commercialisés en carcasse entière. Les filières d’export se sont donc intéressées aux jeunes bovins de moins d’un an pour une valorisation dans des boucheries artisanales grecques et du sud de l’Italie. Depuis, cette limite d’âge n’existe plus. Cependant, ce débouché d’animaux légers et jeunes reste présent pour les abattoirs français, mais en quantité plus réduite.
Approvisionnement en broutards
Le Gaec a donc débuté une production de jeunes bovins légers et jeunes de race Blonde d’Aquitaine. Cette race permet une très bonne valorisation de la ration sèche. Les éleveurs achètent des broutards blonds. «Ils sont triés dans le sud-ouest de la France, allotés et remontés directement à l’exploitation. Les broutards ont une meilleure valeur génétique que ceux de nos régions. Ils sont plus ronds que les locaux plus typés élevage», explique Sébastien Destais. Une fois descendus du camion, les broutards reçoivent une vaccination contre les maladies respiratoires, les entérotoxémies, une injection de déparasitage et un anti-inflammatoire en prévention. Les rappels nécessaires sont effectués dans un second temps grâce à un système de contention adapté. Les animaux font à l’entrée à l’engraissement 230 kg à environ 6 mois d’âge. L’engraissement dure en moyenne 165 jours.
Une gestion alimentaire basée sur une fibre de qualité
et un aliment unique
Après une expérience malheureuse, au cours de laquelle il a fallu trocarder* des animaux et en isoler d’autres pour les soigner, Sébastien et Stéphane utilisent, depuis 2 ans, le Kig Unic, l’aliment ration sèche taurillon du Gouessant. Les animaux, pendant la période d’engraissement, consomment 8,5 kg d’aliment, 1,5 kg de paille et 2,5 kg pour la litière, soit au total 1,4 tonne d’aliment et 250 kg de paille. Le coût alimentaire est de 335 €.
La formule du Kig Unic est basée sur une démarche identique à la ration sèche en vache laitière pour éviter les désordres métaboliques liés à l’acidose. L’objectif est d’avoir un aliment riche en énergie et en protéine avec un niveau de cellulose le plus élevé possible pour sécuriser la ration. Cela induit l’utilisation de matières premières tels que la coque de soja, les aliments de gluten de blé, le maïs grain entier, la graine de lin extrudée et la matière grasse hydrogénée.
Performance technique et économique
En termes de performances techniques, la croissance moyenne des lots est de 1900 g par jour de présence avec des performances individuelles qui parfois dépassent les 2500 g par jour. Soit un indice de consommation de 5,3 kg aliment par kg de croît. Économiquement, le coût de la ration est de 2,02 € par jour soit 1,06 € par kg de croît.
Avec un prix moyen de jeunes bovins de 335 kg de carcasse de 4,15 €, la marge brute dégagée sur coût alimentaire est de 105 €. Sachant que le prix moyen du broutard était, sur 2008, de 950 € pièce.
«Depuis que nous travaillons avec le Gouessant, l’engraissement est devenu un plaisir. Une brouette et un silo nous suffisent pour nourrir les taurillons. Les performances et surtout l’arrêt des soucis métaboliques ont permis d’augmenter la marge sur l’atelier d’engraissement. Et en une heure par jour, les animaux sont nourris, la litière paillée et la paille dans les râteliers remplacée. Le bâtiment est curé toutes les 6 semaines», remarque Stéphane Destais.
Les animaux sont pesés tous les mois pour un suivi des performances et une gestion précise des dates d’abattage. « Les résultats obtenus sont encourageants. L’abattoir est satisfait des animaux qui correspondent bien à ce type de marché. Nous sommes aussi satisfaits des relations techniques et humaines que nous avons avec le personnel du Gouessant », souligne Stéphane Destais.
Hervé Dutilh
*Trocarder : perforer l’estomac pour permettre aux gaz de s’échapper.