La Pologne à l’assaut de la modernisation et de la consommation
Découverte de la filière lait polonaise
Du dimanche 13 au jeudi 17 février, les technico-commerciaux du service Ruminants se sont déplacés en Pologne pour étudier sa filière lait.
L’équipe a atterri à Poznan (800 000 habitants), capitale de la Grande Pologne située dans le centre-ouest du pays où ils ont vécu trois jours intensifs et constructifs.
La production laitière polonaise se divise en deux formes d’agriculture. Une partie intensive avec des ateliers entre 100 et plusieurs milliers de vaches, correspondant à 20 % de la production. Les 80 % restant représentant des exploitations familiales comprenant de 6 à 8 hectares de terre et vivant, pour ainsi dire, en autoconsommation avec des moyens très faibles. «Nous avons senti qu’un chamboulement se prépare pour s’orienter vers la société de consommation. Les petites exploitations vont disparaître au profit d’un foncier qui se situe autour de 6 000 à 8 000 euros l’hectare.»
Du savoir-faire et des performances
Visite le lundi matin d’une laiterie qui transforme 175 millions de litres de lait (500 000 litres par jour), soit 2 % du marché polonais… «Ce qui nous a frappés dans cette laiterie, remarque Gérard Routier, technico-commercial, c’est sa propreté, l’efficacité de l’organisation et le fait qu’elle fabrique des produits à marge, comme le lait concentré en boîte, le lait sec en granulés, les yaourts, le beurre. Le niveau d’exigence semble presque plus élevé qu’en France. La laiterie a 30 ans et a toujours investi dans la maintenance et la technologie et le process industriel est très moderne.»
L’après-midi, découverte de trois exploitations. Une première, d’une cinquantaine de vaches, tenue par un père et son fils pour un quota de 400 000 litres et 70 hectares. La production est de 9 500 litres par an par vache, ce qui est un très bon niveau de production. Le lait est vendu 350 euros les 1 000 litres. Les animaux ne sortent jamais car il fait soit très chaud, soit très froid.
La deuxième exploitation est un ancien kolkhoze dans lequel travaillent une trentaine de salariés payés 300 euros par mois. L’exploitation a été privatisée en 1993 et les bâtiments sont très vétustes. Le responsable de l’exploitation (68 ans), ancien directeur du kolkhoze, est propriétaire des bêtes et du matériel, et loue la terre et les bâtiments à l’Etat ; ceci expliquant le non investissement dans les bâtiments.
L’exploitation comprend 650 hectares pour 550 bovins dont 220 vaches laitières entravées toute l’année. La production moyenne est de 10 800 litres par vache ! La main-d’œuvre étant importante et peu chère, il y a très peu de mécanisation. «Cet élevage nous a fait penser, de l’extérieur, à un élevage des années 1960 en France, poursuit Gérard Routier. Par contre, nous avons été très surpris par la santé des vaches. Elles sont magnifiques car très bien soignées et nourries avec une alimentation exceptionnelle à volonté, comprenant des vitamines, des oligoéléments…»
Enfin, une troisième exploitation a impressionné l’équipe Ruminants par sa modernité, sa taille et ses niveaux de performance : 2 500 vaches laitières, avec, sur le site visité, une traite par Rototandem et robot de traite, et des niveaux de production moyens proches des 10 000 litres par vache laitière!
« Il nous reste beaucoup à faire »
Le constat de Thomas Le Corre et de son équipe : «Alors qu’en France, le niveau de concentré est remis en cause, il est parfaitement intégré en Pologne. Les producteurs ont compris l’importance d’exprimer le potentiel génétique des animaux, même si cela passe par des quantités d’aliments supérieures. Ceci doit nous donner des idées pour voir comment nous devons évoluer ! Nous ne nous imaginions pas du tout ce niveau de compétences pour la gestion des troupeaux laitiers. Nous pensions qu’ils travaillaient à l’ancienne et en fait nous avons eu une belle démonstration de savoir-faire ! Nous retenons qu’il nous reste beaucoup à réaliser. Nos éleveurs ont une marge de manœuvre pour optimiser leur potentiel tout en améliorant leur cout de production. En France, nous ne pensons qu’à réduire les intrants. Si nous stagnons par rapport à notre génétique, nous serons vite dépassés.»