Le Gouessant développe une filière de lin oléagineux, en contrat avec Valorex, assurant aux agriculteurs un prix minimum garanti avant implantation. Zoom sur cette filière locale qui concilie performances économiques, durabilité, et participe à la transition alimentaire.
En 2025, la Coopérative a récolté 45 tonnes de lin oléagineux. « Une filière petite, mais rentable », témoigne Jeanne Séronie-Doutriaux, responsable filières et agronomie chez Le Gouessant. « Cette année, on a observé un rendement moyen de 22 q/ha, avec un taux d’humidité à 7 %, sachant que le seuil maximum toléré est fixé à 9 %. » La culture a permis aux agriculteurs de dégager une marge brute sur intrants autour de 1 120 €/ha en moyenne.

Une culture historique et d’avenir en Bretagne
Le lin est une culture ancestrale en Bretagne : dès le Moyen-Âge, il servait à produire des fibres textiles, notamment pour les voiles des bateaux. Ce passé témoigne d’un terroir favorable à cette plante rustique, bien adaptée au climat océanique. Il est important de préciser que l’on distingue deux grandes filières, reposant sur des variétés et des débouchés différents :
- Le lin fibre, cultivé pour la tige et la fibre textile, et dont la France est le premier producteur mondial, couvrant ainsi 50 à 60 % du marché international ;
- Le lin oléagineux, cultivé pour la graine, et dont 75 à 95 % des graines de lin sont destinées à l’alimentation animale, notamment pour enrichir les rations en oméga-3.
« Chez Le Gouessant, on cultive du lin oléagineux depuis plus de 20 ans », se remémore Erwan Ollivro, responsable gammes et solutions de productions végétales au sein de la Coopérative. « Mais la culture a connu un coup d’arrêt vers 2015 suite au déréférencement d’une matière active herbicide et à une chute des prix. On était tombé sous la barre des 500 €/t. » Depuis, l’arrivée de nouvelles solutions techniques et la hausse des cours ont relancé l’intérêt.
Diversifier la rotation avec le lin oléagineux
Le lin oléagineux, appartenant à la famille atypique des linacées, est une culture intéressante pour diversifier les rotations. « Il permet non seulement d’allonger la rotation, mais surtout de diversifier les modes d’action des herbicides, limitant ainsi les risques de résistance et facilitant la maîtrise de l’enherbement », précise Erwan Ollivro. En effet, les molécules utilisées sont différentes de celles des grandes cultures classiques. Le spécialiste recommande également de « ne pas semer de lin dans les couverts végétaux si la culture principale en contient déjà ».
Sur le plan réglementaire, cette culture est classée Bas Niveau d’Intrants (BNI) grâce à ses besoins modérés en azote. Selon les conditions pédoclimatiques, le lin peut être implanté en culture d’hiver ou de printemps. Les dates de semis et de récolte sont décalées par rapport aux cultures traditionnelles, ce qui permet d’étaler les travaux. « C’est un argument de plus pour les agriculteurs qui font face à des problématiques de main-d’oeuvre. » « Attention toutefois à sélectionner des parcelles avec un minimum de potentiel », prévient Jeanne Séronie-Doutriaux. Bien que le lin contribue à améliorer la structure du sol, c’est une plante sensible qui exige une parcelle propre, avec une bonne structure, et un lit de semences régulier, fin et bien rappuyé. « C’est une petite graine. Elle doit être mise en place dans de bonnes conditions de germination pour assurer une levée rapide et homogène de la culture. » Enfin, la récolte exige un matériel spécifique, car la plante, très fibreuse, est difficile à couper et à égrainer. « On privilégie des moissonneuses-batteuses à secoueurs avec des barres de coupe bien affûtées plutôt que des rotors », précise Erwan Ollivro.
Une filière extra locale
La filière lin oléagineux entre Le Gouessant et Valorex illustre un modèle vertueux, local, de la production à la consommation. Le lin est cultivé par les adhérents de la Coopérative, puis transformé par Valorex en Ille-et-Vilaine ou dans le Finistère, avant de revenir dans nos usines. Il est ensuite intégré dans la formulation des aliments pour les monogastriques (filière œufs Terres de Breizh BBC) ainsi que pour les ruminants (pour son apport en énergie via les acides gras polyinsaturés de type oméga-3 ou pour la filière produits laitiers Terres de Breizh BBC). Le procédé d’extrusion utilisé par Valorex valorise la graine de lin entière, sans séparation ni production de coproduits. « Il repose notamment sur une phase de traitement thermique, qui améliore la digestibilité de la matière première tout en stabilisant les acides gras », explique Tiphanie Soulard, responsable développement végétal chez Valorex. Cette étape neutralise également les facteurs antinutritionnels, notamment les traces naturelles de composés cyanogéniques présents dans la graine de lin. La souplesse du procédé permet d’ajuster la concentration en lin en fonction du type de produit final et des besoins zootechniques des différentes espèces. « La matière obtenue est ainsi stable, hautement digestible et facilement intégrable dans les formulations », complète Tiphanie Soulard. Et d’ajouter : « La traçabilité débute dès la semence, avec des variétés rigoureusement sélectionnées et référencées dans le cahier des charges Bleu- Blanc-Cœur pour leur teneur en matières grasses et oméga-3, teneurs que l’on retrouvera ensuite dans les aliments, puis dans les produits finis tels que les œufs ou le jambon. »