« Installer 500 kWc de panneaux photovoltaïques et vendre l’électricité dans le cadre du tarif guichet, ce n’est déjà plus possible depuis septembre 2025 », explique Isabelle Hascoet, conseillère experte photovoltaïque à l’Apepha. Pour ces plus gros projets, il faut maintenant passer par un système d’appel d’offres simplifié. Le prochain devrait s’ouvrir en juillet prochain.
Pour les projets sur bâtiment jusqu’à 100 kWc, un arrêté tarifaire modificatif est attendu la semaine prochaine, avec un prix d’achat proche de l’euro (1,1 c€/kWh) et ce uniquement pour les centrales en autoconsommation. Pour elle, cela marque un désengagement de l’État sur l’obligation d’achat. Dans ce nouveau contexte, les porteurs de projets devront choisir entre l’autoconsommation, pour réduire leur facture, ou la vente sur les marchés locaux ou de gros, avec des prises de risques individuelles à bien mesurer.
L’option autoconsommation mérite réflexion, notamment avec l’électrification progressive des usages sur les exploitations, souligne Isabelle Hascoet : voiture électrique, robotisation de la traite, passage du chauffage au gaz vers l’électrique… Autant de choix qui influencent la dimension du projet, tant pour les panneaux que pour les batteries de stockage.

Côté batteries, le marché est en pleine effervescence. Frédéric Dinel, membre du Club Fermes 4 soleils et président de l’Apepha, rappelle que les solutions vont du plus simple – stockage d’énergie sous forme d’eau chaude avec trois à quatre ballons selon les besoins – à des dispositifs plus complexes dont la rentabilité reste à évaluer. Les retours d’expérience sont encore trop limités pour mesurer précisément le retour sur investissement. Il alerte également sur les sollicitations d’entreprises privées proposant de louer des emplacements sur les exploitations pour y installer leurs propres batteries connectées aux panneaux photovoltaïques. Ces batteries stockent et déstockent l’énergie en fonction des opportunités de marché. Plusieurs questions se posent alors : que se passe-t-il si l’entreprise fait faillite ? Quel est le coût d’assurance supplémentaire pour l’agriculteur, notamment en présence de batteries proches des bâtiments d’élevage, et comment cela impacte-t-il la rentabilité de la location ?
Côté injection totale, la vente à l’État était jusqu’ici confortable : prix garanti sur 20 ans et faible charge administrative. Désormais, pour les nouveaux porteurs de projets (sauf à être lauréat d’un appel d’offres) comme pour les producteurs en fin de contrat, la commercialisation se fait : soit en local via l’autoconsommation collective (vente directe locale), soit sur le marché de gros où les interlocuteurs ne discutent pas en dessous de 1 MW, voire 10 MW.
Dans ce cas, il est nécessaire :
• D’évaluer l’intérêt économique de remplacer des pièces défectueuses sur des installations proches de la fin de contrat ;
• De mesurer les compétences et le temps nécessaires ainsi que les risques liés à cette nouvelle forme de commercialisation ;
• De garantir une connexion internet fiable et un équipement adapté pour le pilotage à distance des centrales.
« Nous sommes dans un tournant majeur, où l’État se désengage de la production photovoltaïque », souligne Frédéric. Pour autant, des opportunités existent en autoconsommation avec batteries, même si le faible tarif d’achat n’incite pas les agriculteurs à se lancer dans la réflexion. L’objectif de l’Apepha est d’accompagner ses adhérents vers les meilleures options, en gardant toujours un coup d’avance, et de se fédérer en collectif pour être entendus et considérés par les agrégateurs sur le marché.