Projet Beccoami : produire des omégas-3 avec des microalgues

#aquaculture #innovation
09 avril 2026

Face à la raréfaction et au coût croissant des huiles de poisson, Le Gouessant Aquaculture explore une alternative de production d’omégas-3 à longues chaînes. Objectif : gagner en durabilité et en compétitivité grâce à des microalgues cultivées à partir de coproduits agroalimentaires.

Aujourd’hui, la plupart des consommateurs le savent : les omégas-3 marins à longues chaînes sont essentiels pour la santé. L’Anses préconise d’ailleurs un apport de 500 mg par jour et par adulte. À l’échelle mondiale, il faudrait donc en produire 1,5 million de tonnes chaque année. En réalité, « seule la moitié est fournie, car les stocks de poissons bleus riches en omégas-3 sont en constante diminution », affirme Luc Chauchat, ingénieur de recherche chez Le Gouessant. En effet, les huiles de poissons bleus constituent la principale source de ces acides gras pour l’aquaculture. Ces espèces sont dépendantes des premiers maillons trophiques des écosystèmes que sont… les microalgues riches en omégas-3 marins (le phytoplancton). Or, « nous savons que le réchauffement global des océans entraînera une diminution des concentrations en omégas-3 marins dans le phytoplancton et y favorisera aussi
la prédominance des cyanobactéries, qui n’en contiennent pas », prévient Luc Chauchat. Face à ce constat, comment réduire l’impact de l’aquaculture sur la surpêche, tout en répondant aux besoins en omégas-3 ? Pour trouver des alternatives durables, Le Gouessant a lancé un nouveau projet : Beccoami.

Ces ballons contiennent différentes souches de microalgues dans leur milieu de culture (crédit photo : Sébastien Hervé).

Des alternatives concentrées en protéines

« Dans une logique RSE, Le Gouessant Aquaculture travaille depuis longtemps sur la diminution de l’indice FIFO, qui est aujourd’hui inférieur à 0,5 : on consomme moins de 500 g de poisson pour produire 1 kg de truite », explique Hervé Irdel, directeur du développement international chez Le Gouessant. Un vrai défi, car les poissons carnivores nécessitent des matières premières de grande qualité, très concentrées en protéines. De plus, ils digèrent mal les fibres. « On leur apporte donc, par exemple, du gluten de blé plutôt que du blé pur, ou de la féverole décortiquée », illustre-t-il. Autre contrainte : les omégas-3 à chaînes courtes issus des matières végétales terrestres sont moins qualitatifs que ceux provenant de la mer. Le Gouessant travaille donc sur des alternatives concentrées en protéines (> 25 %) grâce aux microalgues. Lancé en septembre 2025, le projet Beccoami est issu du pilote Aquagreen. Mené par Le Gouessant et le LEMAR (Laboratoire des sciences de l’environnement marin), ce projet visait déjà à produire des microalgues en les nourrissant de coproduits alimentaires. Il a fait l’objet d’un dépôt de brevet.

À la recherche d’un modèle durable et circulaire

Beccoami va cependant plus loin : le partenariat s’étend désormais à des industriels et implique un plus large panel de coproduits agroalimentaires. « En utilisant ces coproduits, nous valorisons quelque chose qui ne l’est pas aujourd’hui », souligne Hervé Irdel. Le consortium raisonne d’ailleurs dans une logique de circularité : « Nous utiliserons tout ce que contiennent les microalgues, en particulier les huiles et les protéines. Tous les partenaires du projet partagent la même exigence : créer une usine vertueuse », complète Luc Chauchat. Par ailleurs, « ces partenariats nous permettent de mettre en commun des compétences, des moyens financiers et des équipements de pointe ». Détaché au LEMAR, l’ingénieur enchaîne les protocoles scientifiques, tests et analyses avec l’équipe : « Dans 4 ans, en fonction de la faisabilité technique et économique, le consortium sera en mesure de décider si le modèle peut être développé industriellement. »

Une volonté d’indépendance et de compétitivité

Pour Le Gouessant Aquaculture, l’enjeu est en effet de sécuriser l’approvisionnement en omégas-3 tout en réduisant les coûts de production. La France est encore très dépendante des fournisseurs internationaux pour la formulation de ses aliments aquacoles, notamment la Chine, qui produit l’essentiel des omégas-3 marins à longues chaînes à des prix défiant toute concurrence. « Face à la raréfaction des huiles de poisson, l’huile de microalgues se développe. Mais elle n’est pas produite en Europe », regrette Luc Chauchat. Or, « nous ne sommes pas assez gros pour peser sur les fournisseurs de matières premières. Nous sommes les leaders de la production de produits alimentaires aquacoles en France, avec 40 000 tonnes d’aliments. Mais en face, les entreprises internationales en produisent des millions », ajoute Hervé Irdel. C’est donc aussi pour gagner en indépendance et en compétitivité que Le Gouessant investit dans ce projet de consortium. Rendez-vous dans quelques années pour savoir si le modèle peut être industrialisé !